Orange

A propos de la rumeur de fusion entre Orange et Deutsche Telekom

Un rapprochement entre Orange et Deutsche Telekom revient une nouvelle fois sur le tapis après une première tentative échouée entre mai et septembre 2017. Selon le quotidien allemand Handelsblatt, l’opérateur allemand examinerait actuellement cette possibilité, son PDG y voyant “d’énormes synergies à exploiter”. La Direction d’Orange a immédiatement démenti. Si Stéphane Richard a déjà évoqué une nécessaire consolidation à l’échelle européenne afin d’atteindre une taille critique permettant de mieux affronter des mastodontes comme les GAFAM… FOCom s’est déjà inquiétée des conditions de telles opérations qui ne doivent se faire que dans le respect des personnels, de leur statut, de leurs conditions de travail et des emplois. Dans le cas présent la dissymétrie est flagrante entre l’opérateur allemand qui est valorisé à 72 milliards d’euros contre 40 milliards pour Orange. Il y a également la participation des Etats dans les capitaux respectifs avec les fortes implications politiques qui en résultent. Et enfin si les deux opérateurs restent partenaires de longue date notamment sur les infrastructures et dernièrement le développement en duo de l’enceinte connectée Djingo, il reste que chacun a son histoire. Nous nous opposerions en particulier à une tentative de séparation des réseaux et des services au prétexte d’une fusion d’opérateurs.

Requête d’Orange contre l’Arcep

Orange a déposé une requête devant le Conseil d’État pour une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) contestant la mise en demeure par l’Arcep. En cause le reproche fait à Orange de ne pas respecter ses obligations vis-à-vis des autres opérateurs sur la mise à disposition de son réseau cuivre. La procédure peut potentiellement déboucher sur une lourde amende de près de 1 milliard d’euros. Dans sa requête, Orange argue que l’Arcep est à la fois juge et partie et qu’il existe une trop grande porosité entre ses trois missions : édicter des règles pour le marché, contrôler les opérateurs télécoms, mais aussi sanctionner ces derniers. FOCom dénonce depuis longtemps le parti pris du « gendarme » contre l’opérateur historique et la multiplication des procédures se soldant par des « sanctions » colossales qui fragilisent l’entreprise, sa capacité à investir et à jouer son rôle de locomotive dans le déploiement des réseaux dont la 5G et la lutte contre la fracture numérique.

Derrière la disparition du Cloudwatt d’Orange

Avec la fin le 1er février de Cloudwatt, service d’hébergement sécurisé d’Orange, se pose la question du rôle de l’État dans la sécurité des données stratégiques et la souveraineté dans le numérique.
A son lancement en 2012, il s’agissait de l’une des deux têtes du « cloud souverain à la française ». Alors que l’enjeu est notre souveraineté nationale et l’intégrité de nos données stratégiques face à la domination américaine sur le marché de l’informatique en ligne, ni l’État ni les collectivités locales, qui auraient dû devenir les utilisateurs naturels de ces services, n’ont joué le jeu. Deux ans après son lancement, Cloudwatt ne recueillait que 2 millions de recettes, ce qui est totalement dérisoire face à Amazon, Microsoft et IBM. Bercy a sollicité à nouveau des entreprises du secteur pour la création de centres sécurisés  pour héberger les données sensibles de l’administration et des entreprises. Pourquoi repartir de zéro en tentant de créer « un cloud national stratégique », selon l’expression de Bruno Le Maire, au lieu de soutenir les clouds souverains existants pour garantir l’intégrité et l’autonomie stratégique sur nos infrastructures essentielles et sur nos données ? FOCom avait déjà soutenu cette vision au Comité Stratégique de la Filière Numérique. Mais la gabegie ne semble pas effrayer nos gouvernants pourtant si prompts à nous parler d’économies. L’État doit maintenant prendre ses responsabilités.

Le rapport du pôle psy d’Orange nous conforte

Le rapport annuel 2018 du pôle de psychologues du travail constate que : « Le vécu au travail et du travail des salariés s’est peu amélioré par rapport à 2017 sur les secteurs DEF (AE et AG pro/PME), AD, UI. » Son analyse rejoint celle de FOCom en ce que « les dysfonctionnements rencontrés dans ces services sont principalement liés à des ajustements structurels, sur lesquels la ligne managériale locale semble avoir peu de marges de manœuvre. » Les principaux facteurs de risques psychosociaux qu’ils observent sont ceux que nous dénonçons inlassablement : intensité et complexité du travail (charge mentale et charge de travail), accélération et multiplication des transformations (insécurité socio professionnelle, crainte de perte d’autonomie, perte de repères professionnelles), avec pour conséquence un sentiment de qualité de travail empêchée. Après l’enquête triennale sur les conditions de travail et le stress, ce rapport nous conforte dans notre exigence de recrutements massifs et d’une réelle prise en compte de l’humain dans les prises de décisions. Ainsi, la Direction doit entendre que « la multiplicité et le rythme des transformations entraînent une perte de repères et de sens du travail ». Et que « les managers sont de plus confrontés à la difficulté de porter la stratégie et le sens de ces transformations. »

L’opérateur historique de nouveau attaqué

L’Association des Opérateurs de Télécoms Alternatifs (AOTA) a décidé de porter plainte contre Orange et de saisir l’Autorité de la concurrence. Les 47 membres de l’AOTA estiment en effet ne pas avoir suffisamment accès au réseau de l’opérateur historique et que celui-ci a des pratiques anticoncurrentielles et ralentit la numérisation des PME. Ne parvenant pas à se brancher suffisamment au réseau fibre d’Orange ils se plaignent d’être évincés du marché des entreprises. Un secteur particulièrement lucratif qui pèse environ 10 milliards d’euros, soit un tiers du marché français de télécoms.
Revient parallèlement la vieille exigence de scinder Orange en deux, une branche comprenant son infrastructure et une autre comprenant ses activités de service. A Orange donc de construire les réseaux à coup de milliards d’euros, (branche sur laquelle les concurrents ne se bousculent et ne se bousculeront pas) et aux opérateurs alternatifs de s’y brancher et de lui faire concurrence « à égalité » sur les services… On croit rêver !