Orange

La cybersécurité acquise au prix fort

La direction d’Orange se félicite de la récente acquisition de la société hollandaise Securelink qui devrait permettre à Orange Cyberdéfense d’entrer au Top 3 européen du marché des services en cybersécurité d’ici à 2020. Avec ses 248 millions € de chiffre d’affaires, ses 660 salariés et ses 2100 clients, Securelink apporte surtout un accès aux marchés nordiques, notre filiale disposant déjà de nombre de ses expertises. Nous aurions mauvais esprit de nous plaindre qu’Orange investisse sur l’avenir alors que c’est précisément ce que nous réclamons… Espérons seulement que le prix payé de 515 millions €, soit près de 22 fois l’Ebitda, en vaille la chandelle.

Questions stratégiques

A l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires du 21 mai, les représentants du personnel veulent rappeler que l’amélioration du taux d’EBITDA est davantage due à la réduction des charges de personnel qu’à une dynamique de croissance. La Direction a choisi de transformer Orange en une valeur de rendement en garantissant un dividende élevé sur une longue période. Économiquement, le dividende est la résultante de la performance d’une entreprise et donc un reliquat qui ne peut pas être une contrainte a priori.
En aucun cas, il ne doit mettre en péril l’avenir de l’entreprise. Or cette logique est inversée à Orange : ce qui est traditionnellement un résidu se transforme en engagement ferme à honorer. Cela pose à la fois des problèmes de trésorerie et de perte de valeur. La dette a augmenté de 1,6 Md. Et les tensions sur la trésorerie imposent des plans de réduction massive des investissements (programme Lean Capex) avec un risque pour financer l’avenir de l’entreprise. Par ailleurs on ne peut se satisfaire d’une répartition à sens unique des richesses. La Direction doit reconnaître à sa juste valeur et de manière pérenne “la formidable mobilisation des femmes et des hommes d’Orange” (dixit Stéphane Richard).
Persiste aussi une inquiétude sur la possibilité d’une nouvelle crise sociale en lien avec la dégradation des conditions de travail, l’hémorragie des effectifs et le recours massif à la sous-traitance.

Marché Entreprises : vers la fin de la position dominante

Orange qui dispose encore, à ce jour, d’une part de marchés confortable sur le marché Entreprises (de l’ordre de 60%, + 20% pour SFR, pour un marché de près de 9,7 Mds€) ) se voit désormais attaqué ces par Bouygues et Free, qui tentent d’accélérer sur ce marché, via des opérateurs alternatifs, créés à l’occasion des RIP.  Bouygues a racheté les opérateurs « Keyo » et « Nerim » ; Free, pour sa part, a racheté « Jaguar Network », spécialiste des télécoms pour les entreprises et fournisseur de services « cloud ». ( 100 Ms€). Bouygues et Free, en rachetant ces opérateurs alternatifs, récupèrent une partie de leur base clients, une expertise métiers ou une empreinte régionale.
Ce marché qui évolue vers la Fibre, est plus intéressant que le marché grand public en ce sens que les marges y sont plus fortes et les clients plus fidèles.
Le risque pour Orange tient à ses récentes réformes organisationnelles (Come, Delivery) qui ont tellement plombé, lourdement et de manière durable, les délais et la qualité de livraison dues à nos clients que ceux-ci pourront désormais, plus facilement que par le passé, être tentés par une concurrence désormais plus vive.

Orange Bank : un argument supplémentaire pour cesser de fermer nos boutiques

Face au lancement poussif de la banque numérique Orange Bank (en 2018, elle affichait 248 000 clients pour un objectif initial de 400 000), son nouveau Président a décidé de changer de braquet : c’est-à-dire ne plus batailler seulement sur le terrain encombré des banques numériques où la conquête commerciale nécessite des promotions qui éloignent d’une rentabilité à court terme, mais aller sur le terrain des crédits à la consommation. A priori beaucoup plus rentable.
Sans contester cette stratégie, FOCom réaffirme qu’il faut arrêter la liquidation de nos boutiques. Tout compris (avec le réseau de distribution tiers), le parc de boutiques Orange devrait passer de 1150 en 2012 à 547 en 2019 (dont 410 Smart Store) puis à 500-520 en 2022 (dont 490-510 Smart Store). Quand on sait que  87 % des acquisitions Orange Bank par Orange France ont été réalisées en boutique en 2018, on peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé de ce plan de démantèlement qui nous fait désormais avoir un réseau de distribution moins dense que celui de SFR.

L’ancrage, drôle de poisson

Le 1er avril prochain sera mis en œuvre le projet “Ancrage Territorial”. Malheureusement ce n’est pas une blague. On pourrait penser qu’il s’agit pour l’Entreprise, comme sa dénomination veut le faire croire, de s’ancrer un peu plus au sein des territoires en rapprochant ses instances de direction des clients, des élus et des salariés. A l’inverse, le projet vise à fusionner des directions déjà gigantesques, comme par exemple, la région Auvergne-Rhône-Alpes qui va absorber la région Sud Est (l’ensemble devenant aussi vaste, en population, que la Belgique, sur un territoire trois fois plus grand). Pour aboutir au final à 5 mégas régions sur l’Hexagone. Les responsables chargés de présenter le dossier au CCUES se veulent rassurants en minimisant les conséquences pour le personnel : “seuls 1300 salariés, dont une centaine de postes en doublon, seraient impactés”. FOCom pense au contraire que ce projet “au cœur de la transformation d’Orange France” a pour vocation de pressurer encore plus les coûts et d’accélérer la transformation des modes d’organisation et de travail, sans égard pour les personnels et leurs conditions de travail.