édito

Le dialogue social, victime collatérale du covid - 19 ?

Quasi clandestinement, une nouvelle ordonnance a été présentée le 27 mai dernier en Conseil des ministres dans le but de réduire le délai de consultation des CHSCT à La Poste. Officiellement, il s’agit d’opérer le plus rapidement possible « contre les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de la maladie ». Alors que les effets de la crise sont loin d’être tous connus et que nul ne peut valablement en évaluer les impacts et les risques sanitaires, les dirigeants de La Poste, épaulés par le gouvernement, semblent considérer les syndicats et leurs élus comme des obstacles à contourner à tout prix ! La négociation serait devenue une dangereuse pratique, qu’il convient de circonvenir, peu importe le motif. Et si le covid - 19 peut aider… Il sera ainsi permis à la direction du courrier de modifier les organisations de travail en réduisant au minimum la concertation et en se passant autant que possible de l’avis des représentants du personnel.

A Orange, si la situation financière reste solide et les impacts de la crise relativement réduits sur l’activité, l’occasion était sans doute trop tentante ! Ainsi, unilatéralement et sans justification d’aucune sorte, la prise des congés a été imposée. La aussi « exit » concertation et négociation. Quel mépris pour les personnels et leurs représentants !

Etat d’urgence et ordonnances obligent, il n’y a plus rien à négocier… Ou si peu ! Circulez ! Le dialogue social se réduit à quelques mots trompeurs au détour d’un discours, la mascarade est à l’œuvre. Le covid - 19 justifierait quelques entorses patronales et gouvernementales dans le respect des droits des salariés.

L’exemple du transfert de la dette « covid - 19 » sur la dette sociale, dévoile un peu plus des éléments de stratégie visant à faire payer la note aux salariés, privé d'emploi et retraités.

Or, pour réussir cette sortie de crise, nous n’avons jamais eu autant besoin d’un dialogue social constructif et loyal, à la hauteur des enjeux que constituent d’une part la santé et la sécurité des personnels et d’autre part la situation économique, sociale et environnementale inédite.

A Force Ouvrière, nous n’entendons pas nous laisser bâillonner ! C’est pourquoi, ni résigner, ni adepte de la chaise vide, nous allons faire front face à ce mépris que l’on nous oppose. Parce que notre ADN c’est le dialogue, la négociation, la contractualisation mais aussi l’action, nous allons continuer d’être le caillou dans la chaussure patronale ou gouvernementale.

Le dialogue est un atout majeur dans les rapports sociaux. Le bafouer est dangereux pour la démocratie. Il est donc urgent de le remettre au centre de toutes les entreprises. Tout comme il est urgent de rétablir le paritarisme au sein des organismes sociaux et ainsi sortir des visions purement comptables. Sans cette volonté, on risque de connaître de nouvelles jacqueries des temps modernes…

Christine BESSEYRE