édito

« La rentrée sociale sera ce que nous en ferons » *

Abondance pour quelques uns, sacrifice pour les autres… La sécheresse, la transition écologique, la guerre en Ukraine, la crise sanitaire, commanderaient aux salariés d’être
« raisonnables » ! Il conviendrait d’accepter de nouvelles régressions sociales face à la fatalité des événements !
C’est oublier que cette période a permis aux plus grandes fortunes françaises de s’étoffer ; c’est aussi oublier que les dividendes versés aux actionnaires ont bien souvent atteints des records ; c’est encore oublier la progression des taux de marge de nombreuses entreprises ! C’est passer sous silence que la hausse des matières premières conjuguée à diverses pénuries n’a pas entamé les capacités financières des grandes entreprises puisqu’elles ont, au final, réajusté leurs prix de vente, alimentant du même coup l’inflation. Au prix de cette raison « sacrificielle » réclamée au plus grand nombre, la réforme de l’assurance-chômage, comme la réforme des retraites trouveraient une justification supplémentaire et la disette salariale serait validée.

Cette situation exige une réponse syndicale la plus unitaire possible. C’est dans cette perspective que Force Ouvrière a participé le 11 juillet à une intersyndicale pouvant être qualifiée d’historique, tant cela ne s’était pas vu depuis des années. Non seulement, TOUTES les organisations de salariés étaient présentes mais de plus leurs délégation se sont entendues sur l’élaboration d’une revendication commune : l’augmentation générale des salaires, retraites et minima sociaux. Au final, le communiqué commun était clair, précis et laissait penser à une rentrée sociale déterminée et déterminante.

Faisant fi du rendez-vous programmé le 5 septembre, la CGT a pris, seule, l’initiative d’une journée interprofessionnelle de grève le 29 septembre dans le cadre d’un collectif « politico-syndical ». Non seulement le communiqué issu de cette initiative mêlant syndicalisme, partis politiques, et ONG est incompatible avec l’indépendance prônée par Force Ouvrière mais c’est aussi un obstacle à un véritable rapport de force syndical construit méthodiquement. Car il ne s’agit pas de fixer une date, seul dans son coin. Il faut l’unité la plus large possible, préparer, convaincre, bâtir des points d’appui pour faire aboutir la mobilisation interprofessionnelle. Ces points d’appui, c’est l’action quotidienne de Force Ouvrière qui met toujours l’augmentation des salaires, pensions, retraites et minimas sociaux au centre de l’action syndicale. Et c’est également le combat de chaque instant des militants de notre fédération qui s’inscrit pleinement dans la construction du rapport de force.

Ainsi, à Orange, nos camarades ont exigé que soient revues les augmentations salariales 2022 et les modalités d’application de la prime « Macron ». L’intéressement doit également faire l’objet d’un versement supplémentaire. À La Poste, les personnels revendiquent aussi leur dû, s’appuyant sur les hausses du résultat net et du chiffre d’affaires du Groupe. L’intervention de FO Com a permis d’activer la clause de revoyure contenue dans la NAO 2022 et d’obtenir des avancées. Oui, la négociation, ADN de FO, porte ses fruits ; maintenant il est temps d’aller plus loin. La mobilisation s’impose ; si elle est européenne, cela en est que mieux.

* Frédéric Souillot (1er septembre 2022)

Christine BESSEYRE