Orange

Orange plus verte ?

Orange va investir dans deux nouveaux data centers : Normandie 2 fin 2020 (à proximité de l’actuel data center de Val de Reuil, entré en service en 2012) et Chartres. Ces deux nouveaux Data center auront une capacité de 13,5MW (10 actuellement pour Normandie 1) et entraineront la fermeture des 9 autres Data Center du territoires, tout à la fois obsolètes et énergivores. Grâce à ces nouvelles installations, fonctionnant selon le système de free cooling (utilisant l’air ambiant, 17° en moyenne en Normandie), Orange espère économiser 60 % de la consommation énergétique d’un vieux data center. A FOCom, tout en soutenant la politique visant à l’objectif de neutralité carbone que ne manquera pas de se fixer l’Entreprise, nous nous préoccupons tout autant de la situation des salariés des sites actuels, l’approche humaine n’étant pas au rendez-vous dans ce dossier – en étant particulièrement vigilants à ce que la suppression du CO² ne s’accompagne pas corrélativement par des suppressions d’emploi.
Par ailleurs, ces nouveaux data centers produiront bien plus de CO² que les 9 autres qui seront fermés, non pas parce qu’ils ne sont pas efficaces, mais parce qu’ils vont héberger et traiter plus de data (la demande sera de plus en plus forte et la 5G arrive)…
L’objectif de neutralité carbone n’est pas donc pour demain, ni sans doute pour plus tard, et pourtant il faudra bien y parvenir.

La cybersécurité acquise au prix fort

La direction d’Orange se félicite de la récente acquisition de la société hollandaise Securelink qui devrait permettre à Orange Cyberdéfense d’entrer au Top 3 européen du marché des services en cybersécurité d’ici à 2020. Avec ses 248 millions € de chiffre d’affaires, ses 660 salariés et ses 2100 clients, Securelink apporte surtout un accès aux marchés nordiques, notre filiale disposant déjà de nombre de ses expertises. Nous aurions mauvais esprit de nous plaindre qu’Orange investisse sur l’avenir alors que c’est précisément ce que nous réclamons… Espérons seulement que le prix payé de 515 millions €, soit près de 22 fois l’Ebitda, en vaille la chandelle.

Questions stratégiques

A l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires du 21 mai, les représentants du personnel veulent rappeler que l’amélioration du taux d’EBITDA est davantage due à la réduction des charges de personnel qu’à une dynamique de croissance. La Direction a choisi de transformer Orange en une valeur de rendement en garantissant un dividende élevé sur une longue période. Économiquement, le dividende est la résultante de la performance d’une entreprise et donc un reliquat qui ne peut pas être une contrainte a priori.
En aucun cas, il ne doit mettre en péril l’avenir de l’entreprise. Or cette logique est inversée à Orange : ce qui est traditionnellement un résidu se transforme en engagement ferme à honorer. Cela pose à la fois des problèmes de trésorerie et de perte de valeur. La dette a augmenté de 1,6 Md. Et les tensions sur la trésorerie imposent des plans de réduction massive des investissements (programme Lean Capex) avec un risque pour financer l’avenir de l’entreprise. Par ailleurs on ne peut se satisfaire d’une répartition à sens unique des richesses. La Direction doit reconnaître à sa juste valeur et de manière pérenne “la formidable mobilisation des femmes et des hommes d’Orange” (dixit Stéphane Richard).
Persiste aussi une inquiétude sur la possibilité d’une nouvelle crise sociale en lien avec la dégradation des conditions de travail, l’hémorragie des effectifs et le recours massif à la sous-traitance.

Marché Entreprises : vers la fin de la position dominante

Orange qui dispose encore, à ce jour, d’une part de marchés confortable sur le marché Entreprises (de l’ordre de 60%, + 20% pour SFR, pour un marché de près de 9,7 Mds€) ) se voit désormais attaqué ces par Bouygues et Free, qui tentent d’accélérer sur ce marché, via des opérateurs alternatifs, créés à l’occasion des RIP.  Bouygues a racheté les opérateurs « Keyo » et « Nerim » ; Free, pour sa part, a racheté « Jaguar Network », spécialiste des télécoms pour les entreprises et fournisseur de services « cloud ». ( 100 Ms€). Bouygues et Free, en rachetant ces opérateurs alternatifs, récupèrent une partie de leur base clients, une expertise métiers ou une empreinte régionale.
Ce marché qui évolue vers la Fibre, est plus intéressant que le marché grand public en ce sens que les marges y sont plus fortes et les clients plus fidèles.
Le risque pour Orange tient à ses récentes réformes organisationnelles (Come, Delivery) qui ont tellement plombé, lourdement et de manière durable, les délais et la qualité de livraison dues à nos clients que ceux-ci pourront désormais, plus facilement que par le passé, être tentés par une concurrence désormais plus vive.

Procès de France Télécom

Le procès de France Télécom s’ouvrira en mai.
Les fédérations syndicales et syndicats de France Télécom, ainsi que deux associations de victimes se sont portées parties civiles dans le procès de la crise sociale de 2007-2010 où la direction de l’époque a mis en œuvre des méthodes particulièrement violentes de harcèlement institutionnalisé, pour supprimer 22.000 emplois en trois ans, « par la porte ou par la fenêtre », dixit Didier Lombard, PDG de l’époque.
Le procès de France Télécom et sept de ses anciens dirigeants (dont Didier Lombard) va s’ouvrir en mai 2019, soit presque dix ans après l’ouverture de l’instruction sur cette affaire, à la suite (pour partie) de procédures dilatoires des accusés. Beaucoup de victimes ont quitté l’entreprise, rares sont celles qui ont pu demander et obtenir une indemnisation. Si certaines ont tourné la page, d’autres ont vu leur carrière, leur vie basculer dans le vide de cette période, sans pouvoir se reconstruire, ou tout du moins, sans séquelles et souvenirs douloureux. France Télécom n’a jamais souhaité ouvrir une quelconque négociation sur les réparations, individuelles ou collectives, dans un déni des préjudices subis, que cela soit dans les collectifs de travail, dans la carrière, la santé, l’environnement familial et social de ses salariés. Cela n’est pas acceptable.
Il faut que justice soit rendue !
Ce procès doit être le procès des responsables de cette crise sociale. Nous souhaitons une condamnation exemplaire, pour que les dirigeants d’entreprises tentés par ces méthodes de management connaissent désormais la menace que la Justice pourra faire désormais peser sur eux. La crise des suicides à France Télécom peut facilement se produire dans d’autres entreprises, tant la financiarisation de l’économie pousse leurs dirigeants à accroître sans cesse la productivité et la rentabilité à court terme,  les salariés étant les premiers à en subir les effets négatifs avec des restructurations incessantes, la précarisation et les suppressions massives d’emplois, jusqu’à y perdre leur santé et même leur vie. Cet argent facile, les salariés le paient aujourd’hui dans leur vie.
Ainsi, nous souhaitons que ce jugement débouche sur une inscription dans la loi, car la crise sociale connue à France Télécom n’est pas un cas isolé dans un monde du travail où il est toujours si difficile de faire reconnaître les victimes du harcèlement patronal.
La parole des victimes doit être entendue !
Nous refusons que les victimes de France Télécom Orange soient passées par pertes et profits et ce procès devra entendre, d’une manière ou d’une autre, la voix des victimes et de leurs proches.
Communiqué de presse : ASD Pro, CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FOCom, SUD, UNSA.